Suzy Canivenc, l’auteur de ce rapport commandité par la Chaire FIT (futurs de l’industrie et du travail) de L’École nationale supérieure des mines de Paris, nous rappelle que les définitions concernant les séniors varient d’un pays à l’autre et même au sein de chacun.
Depuis les années 2000, l’âge effectif de sortie du marché du travail a augmenté d’environ 2,5 ans pour les hommes et de 3 ans pour les femmes sous la pression des pouvoirs publics essentiellement (OCDE 2020). Les Etats ne parviennent plus à soutenir financièrement les systèmes de retraite dans un contexte où la natalité baisse alors l’allongement de la vie ne cesse d’augmenter.
Toutefois, si des décisions de relever l’âge de la retraite sont prises, encore faut-il qu’il y ait de l’emploi pour les travailleurs expérimentés. Dans l’Union européenne à 27, l’éventail du taux d’emploi des 55-645 en 2022 va de 77,3 % en Suède à 46,7 % en Roumanie, avec une moyenne à 62,4 %. En France, il est au-dessous de cette moyenne (56,9 %).
Le non-emploi des séniors a plusieurs causes, notamment l’ existence de prestations de retraite anticipée, et des représentations négatives. Par exemple, seuls 13% des employeurs se disent prêts à recruter une personne de plus de 55 ans.
Des réponses publiques ou de la part des entreprises, sont prises et/ou expérimentées à différents niveaux, et de différentes natures, parfois punitives, parfois incitatives.
Concernant les réponses punitives, nous pouvons retenir des indemnités de licenciement plus élevés pour des séniors, avec cependant le risque que les entreprises s’en séparent avant l’âge butoir ;
Concernant les réponses incitatives :
- des campagnes de sensibilisation ;
- des tentatives de campagnes de recrutement qui évitent les discriminations et contournent les biais inconscients des recruteurs ;
- des baisses de cotisations ou des subventions à l’embauche d’un travailleur expérimenté ;
- des politiques pour favoriser l’employabilité et la réinsertion des séniors licenciés ;
- l’adaptation des conditions de travail aux carrières longues et personnes âgées ;
- la majoration de la pension de retraite pour toute personne qui va au-delà de l’âge légal ;
Enfin, la formation continue fait partie des leviers clés pour favoriser l’employabilité et la poursuite de l’emploi avec deux freins cependant : d’une part, les travailleurs expérimentés ont tendance à sous- évaluer l’intérêt de la formation au profit de la seule valorisation de l’expérience, d’autre part, les employeurs offrent peu de possibilités de formation aux travailleurs âgés. Singapour et l’Allemagne semblent précurseurs pour proposer des dispositifs de formation adaptés aux séniors (page 11).
L’auteur conclut par l’exemple du Japon, qui confronté à cet enjeux depuis des dizaines d’années, a connu pour le dépasser plusieurs types de politiques ; certaines qu’il faudrait bien éviter de retenter !